Les sept lunes de Maali Almeida – Shehan Karunatilaka

Couverture Les sept lunes de Maali Almeida - Shehan Karunatilaka

Pour un livre démoniaque, on est bien servis !

Comment pourrais-je décrire ce livre qui mélange à la fois roman noir, roman policier et mythologie dans une réflexion sur la vie Ici-Bas et Au-Delà, sur fond de pays fragmenté et corrompu ?

Je l’ai découvert dans un documentaire sur la famille royale britannique, où la reine consort Camilla remettait le Booker Prize à Shehan Karunatilaka. Il n’entre dans aucune case, et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles il mérite son prix et ses traductions dans nombreux pays. C’est un texte ambitieux, qui dénonce des faits graves qui horripilent le Sri Lanka, à travers les yeux du jeune Maali Almeida, 35 ans, photographe, « joueur et salope », qui se réveille dans le monde des morts, univers tout aussi chaotique et traversé de tensions que celui des vivants.

L’intrigue est très solide, autour de ces questions : Qui a tué Maali ? Pourquoi ? Où sont les photographies qu’il a cachées ? Maali retrace sa vie dans un voyage entre les mondes, en compagnie des monstres, des goules, des yaka et des démons dans les rues de Colombo. Il cherche à comprendre sa mort et à retrouver la vérité. C’est une plongée dans les zones les plus sombres du réel, où racisme, homophobie, politique, guerre et corruption fragmentent les êtres, qu’ils soient vivants ou morts.

La quête d’un mort à la recherche de son assassin est plus forte, plus étrange et plus poétique que celle d’un enquêteur de terrain. Au fil des pages nous assistons à la construction d’un personnage et à sa transformation progressive. Nous suivons une poignée de personnages centraux, une multitude de figures secondaires qui apparaissent et disparaissent, et plusieurs factions qui se disputent le pays. Les personnages sont imaginaires sauf certaines figures politiques qui sont mentionnées sous leur véritable nom.

Le livre est écrit à la deuxième personne du singulier mais la narration est profondément subjective ; nous sommes plongés dans la conscience de Maali, soumise à ses propres réflexions ou celles des créatures surnaturelles. La narration est très visuelle, grâce aux photographies de Maali, et de ce fait, très réelle.

La seule difficulté qu’on peut rencontrer en lisant ce livre, c’est de suivre tous les personnages et de comprendre, au moins dans les grandes lignes, une petite partie de l’actualité politique sri-lankaise. En effet, entre le JVP (Front de libération du peuple), UNP (Parti National Uni), les Tigres de libération de l’Eelam tamoul et les partis politiques cinghalais dominants il est parfois difficile de comprendre qui est le bon et qui est le méchant, d’autant plus que l’auteur a souhaité décrire la violence du monde, sans faire de différence entre les responsables.

J’aime particulièrement les livres qui mêlent récit et réflexion, où l’on trouve des fragments de pensée, des hypothèses et des idées sur le monde. À la dernière page, j’avais encore tellement de questions que je l’ai relu, plus attentive aux détails et à la construction du récit. Peu de romans m’ont donné envie d’être lus une seconde fois immédiatement. Celui-ci en fait partie et, pour moi, c’est la marque des très grands livres.

 « Les miroirs mentent autant que les souvenirs. »

« Lorsqu’on tombe amoureux, ce n’est pas d’un visage ou d’un corps, mais du plus grand de tous les organes : sa peau. »

« Fais tout ce qui te chante, parce que la mort nous attend tous. »


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