Première personne du singulier – Haruki Murakami

Couverture Première personne du singulier - Haruki Murakami

Quels seront les souvenirs que nous évoquerons dans le futur ? Qu’est-ce qui échappera au temps et à l’oubli ?

 À 73 ans, Haruki Murakami revient sur quelques épisodes de sa vie qui resurgissent de sa mémoire. Il m’est difficile de critiquer les souvenirs d’une personne, et encore moins lorsqu’il s’agit d’un écrivain de cette envergure. En revanche, cette lecture m’a amenée à réfléchir à la manière dont les souvenirs se construisent et à ce qu’ils révèlent de nous.

Alors qu’il ne se souvient plus toujours des noms ou des visages des personnes qu’il évoque, Murakami accorde une place essentielle à d’autres détails : la couleur d’un vêtement, le reflet du soleil sur une broche en forme de muguet, une saison, une odeur, une musique. Les souvenirs paraissent parfois fragmentés, mais ils restent étonnamment précis dans ce qu’ils ont fait ressentir.

Les souvenirs nous appartiennent, mais ils ont aussi leur propre existence. Les raconter, c’est ouvrir une boîte restée longtemps fermée. On peut encore évoquer les émotions d’un moment, mais certaines images semblent figées à jamais : un jeune homme en pleine crise d’angoisse assis sur un banc, un bouquet de fleurs à ses côtés… Lorsqu’un souvenir refait surface, il ne s’agit plus de réécrire le passé, mais simplement de le regarder tel qu’il a été.

L’une des nouvelles, La confession du singe de Shinagawa, raconte une rencontre improbable avec un singe qui, incapable d’aimer les femmes charnellement, leur vole leur nom. Au milieu de souvenirs très ancrés dans le réel, ce récit paraît presque irréel. L’auteur lui-même semble douter de ce qu’il raconte. Cette hésitation est fascinante : à partir de quel moment un souvenir devient-il une invention ?

Même lorsque les détails demeurent, les souvenirs gravitent presque toujours autour des rencontres. Certaines sont importantes, d’autres paraissent insignifiantes sur le moment. Pourtant, ce sont elles qui façonnent notre mémoire et qui ressurgissent parfois des années plus tard, au détour d’un lieu, d’une odeur ou d’une conversation.

Avant d’être écrivain, Haruki Murakami était passionné de musique, et cela transparaît dans tout le recueil. Chaque souvenir semble accompagné d’une chanson. Nous avons tous déjà fait l’expérience d’une mélodie qui fait ressurgir un souvenir oublié. Murakami suggère que le chemin inverse existe aussi : un souvenir peut réveiller une musique.

Ce qui m’a finalement le plus marquée dans ce recueil, c’est la maîtrise de la nouvelle, qui devient un véritable instrument littéraire pour l’auteur. En quelques pages, il pose un cadre, un personnage et une histoire, tout en maintenant l’intérêt du lecteur jusqu’à la fin, malgré la narration à la première personne. Me voilà donc réconciliée avec la nouvelle, avec son intensité et ses limites, grâce à son dompteur : Haruki Murakami.

« Un simple nom peut parfois être source d’un intense bouleversement. »

« Qui pourrait affirmer avec certitude ce qui nous est vraiment arrivé par le passé ? »

« Dans ce monde, ce que l’on obtient sans effort n’a pas la moindre valeur. »


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